samedi 12 janvier 2013

La valise



Il part avec sa valise vide. Ils avaient recommencé le jeu de l’amour fini. Comme les autres fois, ça consistait à simuler une séparation. Il doit partir de la maison avec sa valise pour retrouver sa copine une semaine plus tard dans la place de leur premier rencontre.  
C’était une matinée de novembre. Il venait pour déménager dans la ville. Il attendait, sur la place en face de la gare, valise à la main, une personne de l’immobilier qui allait lui montrer son appartement. L’hasard a voulu qu’à cause d’un imprévu, cette personne n’arrive pas à l’heure. Au lieu de ça, il rencontre une femme charmante qu’il invite à prendre un café. A partir de ce jour là, ils n’ont pas passé une matinée sans prendre le café ensemble.
Pourquoi ce jeu ? C’était simple. Des fois, la relation était, comme toutes les relations, impraticable. L’amour se tournait trop collant ; l’idylle, la pire des angoisses ; les jours, une routine banale. Cependant, ils se savaient l’un pour l’autre. Ils n’imaginaient pas le café en silence ni avec une voix étrange. Alors, s’ils avaient cette certitude, si c’était juste le temps qui ajoutait un poids lourd, pourquoi ne pas le couper? Pourquoi ne pas récupérer la relation du début ? Pourquoi ne pas recommencer du premier flirt, du premier café ?
La semaine d’après, il était venu, valise à la main, à son RDV sur la place. Mais au lieu de retrouver son amoureuse, il retrouve tous ses vêtements par terre. Etonné, désorbité, il commence à ranger ses affaires dans la valise. Il ne comprend rien, il est complètement hors cadre. Pétrifié au milieu de la place, larmes aux yeux, il monte son regard au ciel, en lui posant une question qui n’aura jamais de réponse.
De l’autre côté de la place, une femme assise sur un banc, regarde le spectacle. Il s’agit d’une écrivaine qui a perdu l’inspiration. Quand elle voit cet homme, elle trouve la première phrase de son prochain roman : « Le rayonnement des sentiments était visible sur son visage ».