Il part avec sa valise vide. Ils
avaient recommencé le jeu de l’amour fini. Comme les autres fois, ça consistait
à simuler une séparation. Il doit partir de la maison avec sa valise pour
retrouver sa copine une semaine plus tard dans la place de leur premier
rencontre.
C’était une matinée de novembre.
Il venait pour déménager dans la ville. Il attendait, sur la place en face de
la gare, valise à la main, une personne de l’immobilier qui allait lui montrer
son appartement. L’hasard a voulu qu’à cause d’un imprévu, cette personne
n’arrive pas à l’heure. Au lieu de ça, il rencontre une femme charmante qu’il
invite à prendre un café. A partir de ce jour là, ils n’ont pas passé une
matinée sans prendre le café ensemble.
Pourquoi ce jeu ? C’était
simple. Des fois, la relation était, comme toutes les relations, impraticable. L’amour
se tournait trop collant ; l’idylle, la pire des angoisses ; les
jours, une routine banale. Cependant, ils se savaient l’un pour l’autre. Ils
n’imaginaient pas le café en silence ni avec une voix étrange. Alors, s’ils
avaient cette certitude, si c’était juste le temps qui ajoutait un poids lourd,
pourquoi ne pas le couper? Pourquoi ne pas récupérer la relation du
début ? Pourquoi ne pas recommencer du premier flirt, du premier
café ?
La semaine d’après, il était venu,
valise à la main, à son RDV sur la place. Mais au lieu de retrouver son
amoureuse, il retrouve tous ses vêtements par terre. Etonné, désorbité, il
commence à ranger ses affaires dans la valise. Il ne comprend rien, il est
complètement hors cadre. Pétrifié au milieu de la place, larmes aux yeux, il
monte son regard au ciel, en lui posant une question qui n’aura jamais de
réponse.
De l’autre côté de la place, une
femme assise sur un banc, regarde le spectacle. Il s’agit d’une écrivaine qui a
perdu l’inspiration. Quand elle voit cet homme, elle trouve la première phrase
de son prochain roman : « Le rayonnement des sentiments était visible
sur son visage ».