Coller les unes contre les autres derrière, ça les rassurait
un peu. Elles étaient soudés, comme si des aimants les attachaient invisibles ;
les regards tristes dans le vague ravalaient leur peine. Et puis la plus jeune
tenta un regard vers la fenêtre, vers l’extérieur de la voiture, vers ce flot
de vie, qui s’écoule, fluide et léger, alors que c’est si lourd, si profondément ancré, à l’intérieur.
Elle voyait les gens dans les autres voitures gais et
insouciants. Ca la dégoutait. Attirée par cette échappatoire, elle s’arrêta sur la voiture rouge. Il y avait un
gros chien à l’arrière, qui bavait allègrement, et les deux personnes devant
discutaient comme si de rien n’était. On aurait dit qu’ils ne savaient pas
qu’il y avait ce chien derrière eux. Un gros chien comme ça, ça doit sentir
fort et mettre plein de bave sur les fauteuils et eux, ils discutent sans s’en
rendre compte ! Quand ils vont sortir de la voiture et s’apercevoir de la
présence du chien, ils vont être surpris. Et la petite fille se mit à rire en
imaginant la scène. Et elle rit si fort. Un éclat de rire dans cette voiture
bondée de toute sa famille en deuil. La voyant rire, ses sœurs se mirent à rire
et la petite racontait la scène et toutes riaient de plus belle. Ca a duré 1
minute à peine quand la mère devant se retourna et les disputa sèchement. Le
silence se fit de nouveau dans la voiture et les cœurs lourds et coupables
reprirent leur danse macabre en rythme.#