dimanche 3 mars 2013

Un dimanche

#Dans la voiture, l’atmosphère était pesante. De gros soupirs de chagrins rythmaient les respirations. On voyait les thorax de chacun se gonfler, stopper et s’affaisser de nouveau, comme des balles molles qui reprennent leur forme après qu’on ait pressé dessus.

Coller les unes contre les autres derrière, ça les rassurait un peu. Elles étaient soudés, comme si des aimants les attachaient invisibles ; les regards tristes dans le vague ravalaient leur peine. Et puis la plus jeune tenta un regard vers la fenêtre, vers l’extérieur de la voiture, vers ce flot de vie, qui s’écoule, fluide et léger, alors que c’est si lourd,  si profondément ancré, à l’intérieur.

Elle voyait les gens dans les autres voitures gais et insouciants. Ca la dégoutait. Attirée par cette échappatoire, elle s’arrêta sur la voiture rouge. Il y avait un gros chien à l’arrière, qui bavait allègrement, et les deux personnes devant discutaient comme si de rien n’était. On aurait dit qu’ils ne savaient pas qu’il y avait ce chien derrière eux. Un gros chien comme ça, ça doit sentir fort et mettre plein de bave sur les fauteuils et eux, ils discutent sans s’en rendre compte ! Quand ils vont sortir de la voiture et s’apercevoir de la présence du chien, ils vont être surpris. Et la petite fille se mit à rire en imaginant la scène. Et elle rit si fort. Un éclat de rire dans cette voiture bondée de toute sa famille en deuil. La voyant rire, ses sœurs se mirent à rire et la petite racontait la scène et toutes riaient de plus belle. Ca a duré 1 minute à peine quand la mère devant se retourna et les disputa sèchement. Le silence se fit de nouveau dans la voiture et les cœurs lourds et coupables reprirent leur danse macabre en rythme.#

Mémoire d'enfants

#Elle aimait bien descendre à la cave. Cette odeur qui pique le nez, la moiteur ambiante et le froid des escaliers en béton, la confortaient dans son excitation intérieure. Aller voir si les objets ont bougé, si l’eau qui stagne le long du chauffe-eau, grosse caisse blanche qui faisait trois fois sa taille, n’a pas augmenté de volume.

La dernière fois, elle s’en souvient bien. « Flac », son pied avait été trempé. L’eau s’était répandue dans une longue coulée contre la dernière marche de l’escalier. Elle avait même fait tomber sa lampe de poche dans la stupeur. A tâtons, elle avait posé méthodiquement ses petits doigts arrondis, comme s’il y avait des capteurs au bout et les relevait aussitôt, comme des ressorts. A peine posés, hop ! Elle avait retrouvé sa lampe, mais à force d’exploit et de concentration. Son cœur battait encore à plein régime et elle retint sa respiration. Elle se ressaisit en secouant la tête pour évaporer ce souvenir.

Cette fois-ci l’eau ne formait qu’une simple auréole autour du chauffe-eau. Elle s’avança jusqu’à la grille dans le mur. Ce conduit, qui se terminait en une ouverture carrée, l’intriguait. Elle pouvait rester des minutes entières, le souffle coupé, à l’observer ; à observer ce qui allait en sortir : une petite souris peut-être ou bien une petite fille ?#

 

Herbier de bouts de papier

#-Regarde-ça, il est bancal.
-Mais non, il n’y a rien qu’une éclaboussure boueuse qui créé cet aspect penché.#


#J’aime bien arrondir ma bouche, on dirait qu’une ribambelle de plis s’anime.#

 
# Alourdir le pas, jauger le poids du sol. L’herbe rend léger, le bois souple et le béton t’enfonce dans son grossier matériau.#
 

#Une tranche de pain de mie, imbibée de lait, c’est doux et moelleux ; Avec du jaune d’œuf, c’est doré ; Caramélisé à la poêle avec du sucre et du beurre, elle croustille.#

 
#Tic Tac Tic Tac, ça cloque, ça claque. Des blocs de glaçons crépitent et se cassent. C’est le froid glacial qui accule et oppresse. C’est en éclat qu’ils se désagrègent sous la pression. #
 

#Il baille, bouche béante, mâchoire désarticulée, deux grands arcs de cercles formés par les dents se referment dans un fracas. Clac ! Ses yeux à l’instant plissés, s’ouvrent en grand comme deux calots. De grosses larmes se frayent un chemin le long de l’arête du nez et c’est goutte à goutte que le sang sort de sa bouche, à la langue coupée.#

 
#Petit morceau de rien qui va à travers champs, emmené par de petites rafales de vent et qui accumule sur son passage des pistils de fleurs, des tiges de blés, une coccinelle, un bout de toile d’araignée. Tout léger qu’il est, ce morceau de rien prend du volume lors de ses passages de paysages verdoyants aux champs arides et pour finir stoppé net dans l’intérieur d’une maison ouverte. Il se met en boule dans un coin et tapi, recroquevillé, il est démasqué et disparaît dans le conduit de l’aspirateur.#

Morceaux choisis d’une journée banale

#Faire durer un cauchemar, même très désagréable, pour le voir évoluer. Entre sommeil et conscience, la pensée vacille et incorpore du réel dans le rêve.
Cotonneux, l’esprit hésite, il est tiraillé entre cette torpeur qui le pousse dans le sommeil profond et la lumière du jour qui le tire vers l’éveil.

 
Boire du chocolat brûlant, anéantir cette douleur dans la gorge ; Une grosseur rouge qui enfle et empêche de parler. Le breuvage sucré adoucit le mal. Moment de répit pour la douleur, qui revient aussitôt après. C’est retrouver cette trêve même courte, qui me pousse à remettre une casserole de lait sur le feu.

Ouh, le vent sur ma figure, brise tendre qui caresse le visage et fait larmoyer les yeux. Mes jambes moulinent à qui mieux mieux.

Terminer cette journée plus tôt ? Et pourquoi pas ! Rentrer à la maison, se mettre au lit bien au chaud et finir mon roman en cours. Cette pensée me délecte. C’est décidé cet après-midi, je me porte pâle. Quelle sensation agréable de se savoir bientôt dans son cocon.

Lutter contre la fièvre ; la chaleur monte jusqu’au crâne, mon regard est flou mais je joue quand même les notes, je me concentre sur la musique et je me laisse chavirer dans cet univers impalpable de l’autre côté de la partition. Je ne pense même plus à mes sueurs froides, l’enveloppe qui m’entoure m’en tient suspendu. Je joue.
 
Avant de rentrer au chaud travailler mes morceaux et me réfugier dans mon lit, j’ai quand même un rendez-vous à honorer. Et puis, il faut quand même que je retourne une petite heure au bureau, j’ai quelques envois à finaliser et ensuite je serai tranquille.

La journée passe ainsi dans l’espoir de rentrer plus tôt. Pourtant elles sont douces ces heures qui passent.
 
Zut ! Mon ordonnance ! Je ne pourrai pas m’acheter mes feuilles de buis chez l’herboriste ! Espoir de guérison perdu. Il fait déjà nuit et je reprends mon vélo.#