#Voici un passage souterrain que personne ne voit et qui mène
dans les entrailles de la ville. Un petit rat s’y précipite avec sa
progéniture, petites peluches rieuses, boules de poils qui passent dans le
canon. Un flash.
C’est une voiture qui se téléporte d’une rue à l’autre. Un
autre flash. Flash, encore. Une voiture
disparait, d’autres réapparaissent.
Quelle rue ressemble le plus à Stanislas ? Celle qui
est bordée d’arbres très serrés, comme si elle portait une longue barbe touffue
ou bien la place avec ses plantes en pot de chaque côté comme des
rouflaquettes ? Rue Louis Pasteur,
dans quelle ville déjà j’ai vu des lambeaux de chairs se balancer aux
fenêtres ? Ou était-ce simplement des draps ?
Je me rappelle ses ponts suicides qui s’y succèdent, ses lampes
crépitantes qui allongent les ombres des assassins, ses soupirs d’enfants
perdus dans les méandres des rues.
J’ouvre un portail en fer forgé ; une tombe immense
remplie de plusieurs soldats surplombe le parc. La nuit dernière, les âmes y
dansaient, procession du passé.
Je m’assoie dans ce parc, où se cachent les amoureux. Des
buissons en folie se trémoussent. Parfois une main, un pied en échappent, on
dirait qu’il va s’animer et s’en aller quelque part.
Un vêtement par terre, un deuxième vêtement par terre, je
relève la tête, il y en a à l’infini, des vêtements qui se superposent,
chaussures, chapeaux, manteaux, fourrures, crépons, cuirs. Toutes ces vies
avachies sur le sol, recueil de souvenirs, vendues au rabais.
J’entends du bruit sortir du container. C’est un enfant tout
sale qui en sort, il a enfilé plusieurs vêtements, les uns sur les autres et il
a la bouche pleine. Le voilà qui s’installe dans la poussette, où ses parents
l’attendent un cintre à la main.
J’ai vu une chambre sous un porche, matelas, tapis et grosse
couverture. J’y ai déposé un livre, une
lampe de poche et un petit casse-croûte, au cas où le dormeur inconnu se
lèverait au beau milieu de la nuit.
Je retourne enfin dans ma cabine téléphonique répondre aux
gens qui m’appellent.#