Un va et vient serein fait danser l’œuf aux reflets
d’argent. Il y a une multitude d’anémones aux couleurs tendres du mauve rose
pâle au bleu gris diffus. De loin, ces nids colorés scintillent des éclats de
leurs précieux trésors, qu’ils renferment secrètement.
A l’intérieur de la bulle des milliers de veines rouges et
blanches cartographient les parois, sortes d’itinéraires possibles de la future
vie à naître. Mes deux gros yeux, globes exorbitants, essaient de percer le
secret de ce parchemin et d’en comprendre le sens. L’effort de perception fait
dilater la pupille, elle prend la forme d’un disque noir et recouvre toute la
surface. Un petit mont émerge de chaque bille comme l’objectif d’un appareil
photo qui zoome. C’est la vie qui s’anime.
Le petit morceau gélatineux qui
flotte derrière ma tête, telle la queue d'un tétard, se distend et s’étire à
tel point que quatre pointes se dessinent, formant un X. Les branches
inférieures s’allongent deux fois plus et déchirent de deux grands splash le
socle de la sphère. Ohhh, elle est glacée cette eau.
C’est aux membres
supérieurs au bout desquels se forment des petites excroissances articulées de
sortir à leur tour. La bulle éclate et le parchemin s’éloigne dans une sorte
d’apesanteur dodelinante, emporté par le courant.
La fraicheur de l’eau contracte mon petit corps, qui continue à s’allonger au rythme de mes ébats. Sans repère, je bats de tous mes membres, mes mouvements me maintiennent dans un équilibre, j’essaie de me stabiliser. Mes yeux retrouvent leur place dans leur cavité, bien calés, ils observent les alentours.
Une lueur attire leur attention. Les rayons lumineux
transpercent d’un trait net l’obscurité des eaux profondes. Je suis cette voie
toute tracée, mes battements arrière me propulsent vers la surface. Je plonge
dans l’autre monde. Une onde de choc me surprend quand une sensation sèche et
d’infini me fait ouvrir mon orifice buccale. J’aspire un air qui remplit tout
mon être, je le recrache, il y rentre de nouveau, sans fin.
Je me sens chaviré vers une berge – un arrêt brusque
interrompt ma course. A terre, mon corps se braque, je pousse un hurlement, un
cri, je vis.#