lundi 3 décembre 2012

Signes de vie

#Ca a débuté comme ça, dans une poche chaude et translucide, lovée dans une anémone de mer. Cette espèce de sphère élastique se déforme à la mesure du courant, qui passe à travers les mandibules de mon anémone.

Un va et vient serein fait danser l’œuf aux reflets d’argent. Il y a une multitude d’anémones aux couleurs tendres du mauve rose pâle au bleu gris diffus. De loin, ces nids colorés scintillent des éclats de leurs précieux trésors, qu’ils renferment secrètement.

A l’intérieur de la bulle des milliers de veines rouges et blanches cartographient les parois, sortes d’itinéraires possibles de la future vie à naître. Mes deux gros yeux, globes exorbitants, essaient de percer le secret de ce parchemin et d’en comprendre le sens. L’effort de perception fait dilater la pupille, elle prend la forme d’un disque noir et recouvre toute la surface. Un petit mont émerge de chaque bille comme l’objectif d’un appareil photo qui zoome. C’est la vie qui s’anime.
 
Le petit morceau gélatineux qui flotte derrière ma tête, telle la queue d'un tétard, se distend et s’étire à tel point que quatre pointes se dessinent, formant un X. Les branches inférieures s’allongent deux fois plus et déchirent de deux grands splash le socle de la sphère. Ohhh, elle est glacée cette eau.
C’est aux membres supérieurs au bout desquels se forment des petites excroissances articulées de sortir à leur tour. La bulle éclate et le parchemin s’éloigne dans une sorte d’apesanteur dodelinante, emporté par le courant.

La fraicheur de l’eau contracte mon petit corps, qui continue à s’allonger au rythme de mes ébats. Sans repère, je bats de tous mes membres, mes mouvements me maintiennent dans un équilibre, j’essaie de me stabiliser. Mes yeux retrouvent leur place dans leur cavité, bien calés, ils observent les alentours.

Une lueur attire leur attention. Les rayons lumineux transpercent d’un trait net l’obscurité des eaux profondes. Je suis cette voie toute tracée, mes battements arrière me propulsent vers la surface. Je plonge dans l’autre monde. Une onde de choc me surprend quand une sensation sèche et d’infini me fait ouvrir mon orifice buccale. J’aspire un air qui remplit tout mon être, je le recrache, il y rentre de nouveau, sans fin.

Je me sens chaviré vers une berge – un arrêt brusque interrompt ma course. A terre, mon corps se braque, je pousse un hurlement, un cri, je vis.#