vendredi 1 février 2013

Les passages



C’est comme dans ce livre : l’œil magique. Il faut s’approcher de l’image, diriger le regarde vers le bout du nez et éloigner petit à petit la feuille des yeux. Et là, on voit une image en relief apparaitre. Des fois, on devine qu’est-ce que c’est. D’autres fois, on voit l’image sans la reconnaitre.
Un jour, à la plage de la Vieille Chapelle, à Marseille, je m’amusais à faire ce jeu avec une carte de la ville. A ma surprise, après plusieurs essaies, j’ai commencé à voir une figure. Elle avait l’air d’un bout de terre avec des vagues de mer au Nord. J’ai agité la tête et je l’ai perdu. Mais en essayant encore une fois, l’image a été retenue pendant plus longtemps. Et cette fois-ci, j’ai fermé les yeux et en les rouvrant la carte dans mes mains avait changé. Ce n’était plus celle de Marseille, mais celle de Lugo, une province galicienne.
J’ai levé le regard au dessus de la carte et j’ai vu la mer vaste face à moi. Mais ce n’était plus la mer méditerranée ni j’étais plus à la Plage de la Vieille Chapelle. Je me trouvais à un endroit déjà connu : la Plage des Cathédrales, qui s’appelle comme ça car l’érosion de l’eau a formé des passages à travers les grandes roches. Quand la marée est basse, ces arcs naturels  sont accessibles aux baladeurs.
Mon découvert des passages secrets fût une révolution dans ma vie. Pouvoir aller d’un endroit à l’autre avec le simple geste de converger le regard, c’était un rêve. Revisiter les endroits déjà connus, transposer mon corps d’un environnement à l’autre, m’imprégner d’un million d’odeurs, bruits et paysages caractéristiques. Je me suis perdue dans une aventure où je voyais difficilement une fin.   
Un jour, je suis de nouveau arrivée à la Plage des Cathédrales. Mais cette fois-ci, la brise marine galicienne m’a donné envie de rester. D’oublier le temps et les possibilités d’être ailleurs. De vivre l’instant et lui laisser me traverser. 

Arriver et pour une fois, rester. Expérimenter un autre type de passage. Ne plus faire un changement d’endroit, mais une incursion dans les âmes du paysage, comme les hommes qui se baladent, les oiseaux qui volent ou les poissons qui nagent.