jeudi 10 juillet 2014

Norris ou L'Enfant Roi (conte pour enfants)

            Il était une fois dans une chaumière au milieu de la forêt Dodeline, un petit garçon, très sage, très beau. Il s’appelait Norris et il était élevé par un druide. Tous les deux vivaient isolés de tout le monde. Le druide cueillait les fruits et les fleurs de la nature pour nourrir l’enfant. La forêt Dodeline était riche et généreuse. Elle faisait naître des potirons, des asperges, des champignons de toutes parts. Elle se laissait nettoyer par les écureuils, qui la soulageaient de ses pommes de pins, de ses noisettes et de ses glands. Elle se laissait recouvrir l’hiver par la douce mousse qui lui confectionnait un manteau sur mesure. Les lierres l’agrémentaient de colliers de feuilles. Et l’été pouvaient s’y accrocher le jasmin, le lilas, et toutes les fleurs aux milles senteurs. Il y faisait bon vivre dans la forêt Dodeline.

Un jour, le soleil se mit à taper sur la chaumière. Le druide sortit dehors voir ce que lui voulait le soleil. C’était bien la première fois que le soleil passait par là. Que fut sa surprise de voir au-dessus de sa chaumière un trou immense. Les arbres qui la protégeaient n’étaient plus que des branches mortes et nues, sans une seule feuille dessus. Le druide salua le soleil et lui demanda ce qu’il faisait là. Le soleil était désemparé : « Je ne fais que brûler sans cesse, il n’y a plus de nuages pour me faire un lit de coton douillet. Je ne peux plus me reposer ». Le druide constata effectivement que tous les nuages avaient disparu. Il se rendit compte que la forêt s’était desséchée. Il ne restait qu’une pelure de tapis de feuilles mortes au sol. Quelque chose de grave se passait. 

Le druide qui était un très vieil homme retourna dans son logis et alla voir le jeune garçon : «Norris, je suis trop vieux aujourd’hui pour sauver la forêt Dodeline et aider le soleil à refaire la sieste. C’est à toi que je confie cette mission. Il faut que tu quittes la chaumière et que tu trouves l’origine du problème. Tiens, voici une cape d’invisibilité. Attention ! Tu ne pourras l’utiliser qu’une seule fois. Je te donnes aussi une bourse avec un peu d’argent et un miroir, car c’est très important de rester toujours beau et propre ».

 Norris accepta la mission et partit pour la première fois seul dans la forêt. Il laissa son bon druide, il avait le cœur gros mais il fallait faire preuve de courage. Il ne savait pas quelle direction prendre. Il entendit au loin une fanfare et se dirigea vers la musique. Alors qu’il avançait à grands pas de jeune garçon, il entendit un sifflement aigu qui l’arrêta net. Il pivota sur lui-même et chercha d’où venait le sifflement qui recommençait de plus belle ; il s’approcha d’une branche morte par terre, il sursauta quand elle se mit à bouger. C’était un serpent siffleur. Norris lui demanda :
«-     Que se passe-t-il serpent siffleur ? Qu’as-tu à me dire ? 
-          Ce que tu entends c’est la fanfare du Royaume des Emeraudes, elle essaie de faire tomber la pluie, depuis que l’ogre mangeur de nuages est arrivé dans notre contrée. »
-          Un ogre ! répondit Norris avec effroi.
-          Vas à la chapelle à l’orée du bois, tu y trouveras une fiole sous le bénitier, j’y ai mis tout mon venin, ça pourra te servir ».

Norris remercia le serpent et continua sa route. Il passa par la chapelle récupérer la fiole. Il craignait l’ogre mais il avait la vaillance des princes. Il avançait maintenant à découvert, la forêt Dodeline derrière lui et le soleil qui le suivait avec tout l’espoir de pouvoir se reposer enfin.

             Il aperçut le palais du Royaume des Emeraudes au loin et une silhouette noire immense qui attrapait les derniers morceaux de ouate resté dans le ciel. Il s’approcha de l’ogre, qui ne le voyait pas d’abord. Mais arrivé au niveau de ses pieds, l’ogre vit le jeune garçon. Il fut pris de rage en apercevant cet intrus, qui pouvait lui piquer sa bonne barbe à papa, pensa-t-il. Il se pencha pour saisir d’un coup Norris, qui échappa de justesse à la griffe du monstre et mit sa cape d’invisibilité in extremis.

              Invisible, Norris parvint jusqu’à l’orteil de l’ogre, y fit une petite fissure avec son miroir et y versa la fiole de poison. L’ogre hurla de douleur. Le venin fit effet immédiatement et le monstre s’écrasa sur la plaine, sa tête arriva juste au niveau de la forêt. Le soleil se mit à pleurer de bonheur, de voir l’ogre mangeur de nuages anéanti, ce qui revigora la forêt Dodeline, qui reprit un peu de sa vigueur.

Les cavaliers du Royaume des Emeraudes arrivèrent sur les lieux et trouvèrent Norris blessé. La griffe de l’ogre avait entaillé son bras lors de l’attaque. Du sang bleu coulait de son épaule. C’était du sang royal. Une sorcière éconduite lui avait en effet jeté un sort pour qu’il redevienne enfant et l’avait emmené loin pour le faire disparaître à jamais dans la forêt Dodeline.
 
Pour le remercier de sa bravoure, le vieux roi du Royaume des Emeraudes lui remit la main de sa fille : la princesse et Norris put de nouveau régner en roi. Il eut à son tour des enfants qu’il emmena dans la forêt Dodeline ramasser des fruits et des fleurs comme lui avait appris son bon druide.