samedi 11 octobre 2014

Ephéméride sur l’air de Prokofiev


Venus est dans votre Maison, fini la morte saison

Bientôt vous ne verrez plus que des courbes exquises et rouges expressions.

Venus est dans votre Maison.

Pauvres petits poissons vous n’en finissez plus de frétiller. Mais attention Venus est dans votre Maison.

Un regard de plus à Carole, et elle te passe à la casserole.

Bouillabaisse à tous les étages. Et dans ton lit, gare aux sushis ; aux sushis, aux sushis.

Vénus est dans votre Maison, il faut bien qu’un jour ou l’autre vous vous preniez par les nageoires ; Plus une écaille, pané, carré, elle vous a transformés.

La douche

Allez vite, une petite douche rapide et je retourne au boulot. Sans rideau de douche, je vais mettre de l’eau partout ! Tant pis, j’ai pas le choix, je suis déjà en retard. Ca fait du bien cette eau chaude. Et il sent bon ce gel douche 'Grenade et Dragon Fruit', ils ne peuvent pas écrire ‘’fruits de dragon’’ ces demeurés ? Allez, je vais me mettre un peu de ça aussi : ‘l’eau du bonheur’. Ca va me rendre la peau douce. Ah !!! Bordel de bordel ! Ca brûle ce truc ! J’avais oublié que je m’étais fait une entaille dans le doigt. Les 78° d’alcool dans ce truc viennent de me le rappeler ! Pourquoi ont-ils appelé ça ‘l’eau du bonheur’ ? Alors qu’il est évident que ce flacon contient un extrait d’alcool des enfers aromatisé au venin de serpent !

La bouillotte


F : Ca va ? Tu n’as pas trop chaud ?

H : Ne m’en parles pas, ta couette est super épaisse, je crève de chaud

F : C’est vrai !? C’est fou car moi, j’ai un peu froid

Elle colle ses pieds glacés sur la jambe poilue à côté d’elle.

H : Effectivement, t’es gelée ma pauvre ! Tu veux que je te fasse une bouillotte ?

F : Non, ça va, je suis bien comme ça, c’est gentil

H : Je vais quand même te faire cette bouillotte, car là, je sens que je vais bientôt perdre l’usage de ma jambe. T’est tellement froide que je ne sens presque plus mes orteils !

F : A ce point ! Tu veux que je change de jambe ?

H : Parce que tu penses que je tiens à perdre aussi l’autre jambe ? ? Non, ce qu’il faut c’est te réchauffer. Te réchauffer vraiment, quand tu auras chaud, tes pieds seront chauds eux aussi.

F : OK, tu propose quoi ?

L’homme se tourne vers la femme et souffle un air chaud au creux de sa nuque, passant sa langue sur le contour de l’oreille, sa main glissant le long de la cuisse de la femme jusqu’à sa culotte.

F : Ah oui, tu veux qu’on baise !

H : hein !

F : Alors j’ai froid donc on baise, j’hallucine ! 

H : Tu fais quoi ?

F : je vais me faire une bouillotte, faut tout faire soi-même ici !

 

 

 

Poisson balance vierge s’agitèrent tôt rot quand serrent

Il était tôt, aux alentours de huit heures du matin et Emma, la jeune servante de Saint Ambroise, serpentait déjà entre les commerçants de ces quartiers marchands des rues de l’île de la cité à Lutèce. Alors que ces messieurs s’agitèrent soudain autour des poissonniers, Emma fut bousculée et manqua de tomber. Elle s’approcha comme elle put pour voir ce qui déclenchait cette hystérie. Elle distinguait à peine la balance du commerçant qui y chargeait ses poids. Quand soudain, alors qu’elle allait pouvoir enfin voir quel poisson pouvait autant déchaîner les passions; un homme pris Emma par le bras : « alors ma jolie, comment une petite pucelle comme toi vient traîner par ici ? » L’homme avait plaqué Emma contre lui et lui parlait à voix basse le visage près du sien. Emma sentait que cet indélicat matinal était soit encore éméché de la veille, soit déjà bien entamé pour la journée. Alors qu’il s’approchait davantage pour lui voler un baiser. Emma lâcha un rot tonitruant. Même le bourdon de Notre Dame était vaincu. L’homme se recula mécaniquement les yeux écarquillés et la moue dégoûtée. Emma, ainsi libérée, était déjà loin, quand elle lança à l’homme hébété : « Et je ne suis pas vierge, espèce de vieille soupière ! Si tes noix ne te servent à rien. Rends-les !».

Un matin pluvieux

#Dans le bocal, les poissons s’agitèrent, le temps avait tourné à l’orage et il commençait à pleuvoir à grandes eaux. Tôt ce matin, j’avais senti l’odeur humide qui précède la pluie. J’avais laissé claquer un rot sonore de ma gorge encore vierge de nourriture. J’enfilais mes bottes en caoutchouc qui me serrent si bien les mollets et je m’apprêtais à partir, quand tonnèrent les premiers éclairs. Je restais là, sur le pallier à peser dans la balance le pour ou le contre d’une sortie arrosée ou d’une journée à jeûner.#

Ephéméride sur l'air de la Danse des Chevaliers de Prokofiev


#Venus vous couvre de son aura bienfaitrice, vous allez faire une rencontre décisive.

Ne la manquez pas, ouvrez-lui les bras. Soyez attentif aux coups de foudre furtif.

Côté santé. Vous risquez d’être fragilisé. Attention aux courants d’air, aux coups de froid pervers

Couvrez-vous la nuque, sortez les mitaines. Sus au rhumes, faites-lui la culbute !

Une nouvelle : vous allez rencontrer un être cher, perdu de vue depuis des années lumières.

Il vous apportera, bonheur et joie.

Pour le reste, la famille, les amis, rien à venir.#

Faits & Gestes


#Je monte l’échelle à tâtons dans le noir. Je connais bien cette échelle, les barreaux qui grincent, ceux qui sont branlants, ceux qui sont solides et sur lesquels je peux faire des petits sauts pour tester la stabilité de mon installation. Une fois en haut, je tire le câble noir, qui s’est enroulé lorsque l’autre imbécile à envoyer un projectile contre l’ampli. Je démêle cette affaire noueuse et réaménage son circuit. Je le fais passer sous la barre, sur la barre, sous la barre, sur la barre, on dirait un serpent qui se dandine le long d’une branche. J’ajuste ma lampe frontale, car décidément, on ne voit rien du tout, plafond noir, câble noir, boîtes noires et tous ces projecteurs encore chauds du spectacle de ce soir.#

Dans le bain d'Alix

#Ça glisse, c’est lisse et dur à la fois. Je préfère la céramique au plastique, mais dans ma salle de bains, je suis déjà aux anges d’avoir un bain plutôt qu’une douche. J’aime faire mousser mon gel douche Grenade Dragon de chez Monoprix. Ça rend l’eau rose et ça sent les îles. Je peux me prélasser des heures, d’autant plus que je dois laisser reposer mon masque Dove pour nourrir mes cheveux. Je les ai plaqués contre mon cuir chevelu, une couche opaque et blanche qui me maintient la tête, c’est chaud. Je regarde de temps en temps à travers les carreaux qui me séparent de la cuisine. Je m’imagine qu’il y a quelqu’un qui pourrait me voir. Je me lève même pour observer à travers le verre déformant. La mousse descend sur la pente de mon dos. Je vois ma cuisine en tout petit. C’est fou comme on voit bien. J’aime bien mon intérieur rouge, avec coussins blancs à pois noirs. Je m’aperçois alors que si c’est si net pour moi, ça pourrait être aussi net de l’autre côté. Il faut absolument que je choisisse bien mon colocataire. Assez rêvassé ! Je prends mon pommeau de douche pour faire fondre la mousse, je demanderai à mon futur coloc de réparer ce fichu tuyau de douche qui s’est cassé.#

Dans la chambre d'Alix


#Allongée sur le ventre, les jambes relevées en arrière que je croise et décroise, je suis en train de lire un livre. Je jette quelques coups d’œil sur ma pendule à paillettes rose fushia. Il est en retard comme d’habitude. J’ai mis ma plus belle lingerie. Un bustier rose et noir à dentelles, qui serre ma poitrine et forme ce petit chemin rectiligne qu’il aime tant respirer. J’ai mis mon tanga noir et mes porte-jarretelles assortis, sans collant cette fois-ci. Il avait râlé la dernière fois car il n’avait pas accès à la douceur de ma peau. J’aime bien ses compliments, ça me donne une confiance en moi fulgurante. Je replonge dans mon livre, quand j’entends le verrou s’actionner. C’est lui ? Je me retourne, m’assied dans une position de pin-up. J’ai le cœur qui s’accélère. J’attends avec impatience qu’il franchisse la porte. Qu’est-ce qu’’il fait ? Je l’entends s’affairer dans la cuisine, prendre un verre et se servir à boire. Il exagère quand même. Je l’appelle timidement : »Bertrand ?». Il ne m’entend pas bien sûr. Le voilà qu’il mange maintenant, je l’entends qu’il coupe quelque chose sur la planche en bois. Je le rappelle un peu plus fort. Sans réponse. Je prends mon livre et le jette de fureur contre la porte. Ça fait un boucan. La porte s’ouvre alors brusquement, il est là avec son couteau à la main ; l’orange en céramique. Je lui ai fait peur et il m’a prise pour un voleur. Ses yeux sont menaçants, ses sourcils froncés, sa bouche tordue. Oups, j’ai réveillé l’homme violent qu’il incube en lui depuis des années. Il saute sur le lit pour me maîtriser complètement. A califourchon sur moi, son visage contre le mien. Sa main levée est prête à asséner le coup de grâce. Il plante son couteau en même temps qu’il m’embrasse à me mordre les lèvres, à m’arracher la langue. Je succombe et me laisse faire.#