Me voilà réveillé dans ce manoir
glauque où la chaleur s'évapore en un clin d’œil. Le chat patibulaire a une
fourrure rousse. Il me regarde d'un air de hibou déboussolé. Je me lève
doucement dans le silence sourd de ce lieu isolé. L'hôte du coin, un monsieur
d'un âge mort semble absent de la maison. Hier soir, il m'avait semblé
passablement préoccupé et m'avait accueilli sans effusion et avec une tonalité
de corbeau dans sa gorge. Étrangement je sens une présence forte dans ce
silence lourd. Le chat est sage malgré sa grotesque façon de me fixer. Je
m'habille solennellement comme il sied à un prince de province qui découvre un
pays inquiétant à travailler. J'ai dans ma poche ma carte de journaliste venu
d'une ville civilisée aux vices précis. Dans cette campagne, je dois chercher
un témoin clé d'une affaire tout à fait imbécile. Le dépaysement avec mes
activités médiatiques sportives sont éloquentes. Je descends prudemment
l'escalier craquant pour me rendre au rez-de-chaussée où je pourrai prendre un
petit déjeuner rustique. Ce qui peut sembler impossible dans un pays où des
ascenseurs vous cueillent et vous envolent dans une mécanique d'aplomb semble
pratiquement certain dans cette maison poussiéreuse où la vieillesse des choses
et leur mordant de rester en vie, laissent paraître une âme dans chaque objet. Dans
ma descente, je regarde quelques tableaux d’ancêtres locaux qui semblent vifs
dans le fond noir de la peinture. Je reconnais à peine le lieu où hier soir
dans la nuit d'hiver j'étais parvenu à entrer. Alors que je m'apprête à me
rendre au salon, une glace renvoie mon image et je me vois régnant dans ce
couloir haut.