mercredi 15 juin 2016
Réponse à Carole
« Je garderai mon
nom », elle me l’a redit encore une fois aujourd’hui. « Je garderai
mon nom » d’un air détaché, avec ce sourire impénétrable. « Je
garderai mon nom » d’une manière légère mais ferme à la fois. Comment
peut-elle maintenir cet aplomb, ce constat inébranlable qui résonne en moi
comme un refus, une porte hermétique, une porte de prison, j’ai l’impression de
ne pouvoir jamais la posséder vraiment. Une indépendance à toute épreuve, elle
ne se pliera jamais à mon emprise. Comme deux êtres qui vivent côte à côte,
épaule à épaule, qui regardent dans la même direction, qui empruntent le même
chemin, qui partagent un quotidien mais sans jamais ne former qu’un. Deux vies
parallèles où plutôt sa vie et moi son ombre. Et si je la renversais d’un geste
assuré et lui crierais : « Tu m’aimes, avoues-le ! »,
« tu m’appartiens », « tu es mienne ». Mais je suis lâche,
dominé par sa beauté froide et cruelle. Je l’aime.