Sur ce sentiment exaltant que
j’éprouve pour l’inconnu, la nouveauté, le jamais défriché, je m’immobilise malgré moi et ne peux faire un pas
supplémentaire. Il est là pourtant, si proche de moi, celui dont le désir de
possession m’a toujours obnubilée, il me regarde de sa façon qu’il a bien à lui
de pénétrer dans l’âme de l’autre, au point de se sentir démasquée, à nue. Son
regard a le don de me désarçonner. Il
est si puissant, qu’il serait capable de me libérer de cet état si fréquent
chez moi : l’ennui. La douceur et la bienveillance qu’il me renvoie me
subjuguent. Je suis comme dans un songe, incapable d’y croire. C’est bien à moi
qu’il s’adresse, c’est bien vers moi qu’il s’approche. Ses mains, son odeur,
son sourire m’obsèdent. J’hésite à me mouvoir, comme une statue de cire, je ne
veux surtout pas faire le geste qui fera capoter mon rêve, si réel pourtant.
L’immobilité m’est pénible, mes paupières n’osent se fermer, j’ai les yeux qui
me tirent, les larmes qui montent sensiblement. Je ne veux pas qu’il les
voit. D’ailleurs c’est moi qui ne le
vois pas venir et apposer sur mes lèvres le fin cachet du sacrement de l’amour.
Ce baiser si tendre, qui s’ouvre pour se répandre en profusion liquide, en
coups de langues et inspection profonde. Ma bouche est pleine de lui. Je
l’avalerai tout entier, mais sitôt pensé, le voilà qui délaisse ma bouche avide
pour la peau fine de mon cou. Je suis sans contrôle, il me malmène, m’emmène
dans des horizons sans frontières. Je scande son nom, le beau nom de roi, le
nom grave et vengeur de Dieu. Je m’affole, stupeur, béatitude, je reste indemne
et bien là, debout face à lui. Je le vois s’éloigner, ne me laisser pour seul
sceau seigneurial que ma tristesse.