mercredi 24 octobre 2012
Les dérives du sommeil
#Je m’en contrebalance et je danse dans la ronde de la nuit qui s’avance et je pense que ma robe est en plume !
Oui, je tourne et je sens l’air dans mes cheveux et mes jambes en l’air, sur les pointes de mes pieds qui sont fixés sur ce maudit tourniquet. Je referme cette boite à musique.
Ca grince derrière moi, j’entends encore ces pas sur les cailloux, c’est qui ce rodeur ?
Je vois bien son ombre derrière la fenêtre, il est là debout, je le sais, mais si je regarde… Non! J’ai peur de le voir.
Il ouvre pourtant la porte. J’ai très chaud dans tout le corps. Mon cœur bat à contretemps. Une caisse de résonnance, une grosse boule toute molle qui grossit et remplit toute ma carcasse ; ça dépasse de mes côtes, des boursouflures. Arrrh, Beurk, Gloups, Wizzz !
Ca y est, je me décide à regarder la fenêtre, j’ouvre à demi les yeux, il ne faut pas que je me réveille tout à fait, c’est si confortable mon doux nid, je m’enfonce dans la ouate, je me tourne sur le côté et j’enfonce ma hanche plus profond encore dans ce lit.
Tirer le drap, regarder discrètement de côté s’il est là.
Non, après tout je veux prolonger ma torpeur.
---
Chanter des chansons douces, c’est ce qui me recentre, sinon je passe ma nuit à avoir peur, à laisser mon esprit vagabonder sur des images d’horreur : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive…. ». C’est un vrai baume de douceur cette berceuse. Je change de position. Tiens, sur le dos, les bras lâches, les jambes écartées, je prends la forme d’une croix, je prends tout le lit. Je m’alourdis, je suis un poids qu’on ne peut pas bouger.
Ouh, là ! Non juste là, où je n’ai pas lâché. Ce satané coup, ce cou qui craque et se fige, c’est ma veine, qui s’est durcie. J’ai chaud.
Soit je tire et j’augmente la douleur, soit je ne bouge pas et je garde ma peur.
Et si mon sang s’arrête de circuler ? Si ? Si. Je vois déjà la chambre qui tourne, cette nuit qui n’en finit pas, ce torticolis qui me tient captive.
Ca y est, je vois la lampe du plafond qui s’avance, des étincelles et des trous noirs, quelle nuit! Rouge, vert, noir, bleu azur, mauve. La nuit, on est au bord de tout voir.#