lundi 24 juin 2013

La scène

#« Hep, hep ! toi-là ! ». Il m’interpelle, me prend par le bras, tire d’un coup sec. Je virevolte, quart de tour à droite, bousculée, je tourne dans l’autre sens et me voici sur la scène. Cette scène mobile qui tourne sur elle-même, comme un 45 tour, me voilà déambuler du centre vers l’extérieur, de l’extérieur vers le centre. J’en perds l’équilibre, les images passent si vite.

Abasourdie, je ne vois pas clair, mais petit à petit, ça se débrouille et ça fuse, limpide.
« Obrigado Laurence » articulent ces lèvres mates entourées d’une barbe dense grisâtre.
« Je t’aime »  lancent ces yeux noirs, dont les pupilles dégoulinent de tendresse.
C’est maintenant trois autres visages qui apparaissent. Celle d’un grand homme âgé à la peau tâchée. Celle d’un petit homme au visage déformé et au regard scrutateur. Celle d’un homme énervé qui soupire lourdement.

Je me remplis maintenant de cette odeur de fauves, qui accompagne tous ces animaux entassés. C’est vite remplacé par les fleurs de lys et le bois de la salle de réunion. Un hélicoptère, puis plusieurs. C’est très bruyant.

Tiens, plus rien ne défile, les images disparaissent, la scène ne tourne plus. C’est mon tour maintenant de faire mon numéro à tout ce public assis les yeux rivés sur la scène.#

Les forces à l'oeuvre


#Tendu à la verticale, comme un piquet, il s’étire vers le haut. Il grandit. D’abord tordu, puis démantelé, articulé, il se forme en un tout et se dresse. Fier, droit, sévère, figé, insonore. Une pause – statue de cire sans vie dans les yeux.

Quelqu’un se pose sur toi, il se laisse accueillir, balancier confortable, tu le reçois, le supporte ; il t’envahit et cherche à rentrer en toi, tu t’ouvres et le laisse passer.

Un gros bouillon, lourd et opaque, qui se gonfle - magma en fusion, vient d’exploser en éclats collants. Laissant des flaques sur le sol qui s’étalent, petites mares moelleuses où tu t’allonges. Tu te loves dans ce doux duvet fourni.

Tes oreilles se ferment, ne plus entendre le bruit alentour, ta gorge se remplit d’un liquide chaud, qui s’engouffre de partout, accapare tes boyaux jusqu’au cou. Tes yeux sont partout, j’ai encore soif, il reste de la place à remplir.

Te voilà pleine, plus aucune place n’est libre. Toutes ouvertures bouchées, coincées. Prisonnier, plus moyen de bouger. Accepte-mon corps ; emboite-moi.

Le voilà qu’il tire sur ma langue, longue corde humide. Elle glisse et tente de se dérober mais la prise est ferme et cette allonge s’étire, se dénoue comme une pelote qui se déroule, sans accroc, fluide, ça débite à l’infini. Ca devient un amoncellement de chaire visqueuse, qui augmente au rythme machinal de celui qui tire. A côté ; un corps qui se vide et se libère. Un corps qui pleure, heureux de sa délivrance.#



Décryptage

#Poum tam pam tidi boum, elle dévale les escaliers à toute allure, on dirait un sac de billes qu’on déverse sur une pente. Arrivée dans le hall, elle prend un virage à 90° à droite, serré, la main posée sur l’arête du mur pour garder l’équilibre. Son visage est rouge, écarlate sur les pommettes, les narines dilatées comme les nasaux d’un cheval en rut, les cheveux hirsute, l’œil hagard du taureau qui rentre dans l’arène, désorienté, cherchant désespérément une issue.#

Chemin 1
Comment sortir de la description, du mouvement et du son, que j’aime pourtant tellement ? Planter un décor, faire mouvoir un personnage en décrivant juste des parties de son corps et surtout sa détresse. Je vais essayer de reprendre la descente précipitée de cette femme, sans goût ni odeur.

#Elle court dans l’escalier, qui craque sous ses pieds, souffrance exutoire du bois sous son poids. Elle étouffe et cherche dans sa fuite un peu d’air, une délivrance. Echapper au malheur, quitter un lieu pour un autre, changer d’univers. Ne plus être empêtrée dans cette situation visqueuse et sale.#

Chemin 2
Onomatopée supprimée, couleurs effacées, garder l 'âme du personnage. Je m’enfonce davantage dans une écriture guidée puisque j’écris intentionnellement, je m’impose une directive. Répéter une signification, dire la même chose autrement, pour m’assurer que le lecteur comprenne bien mon texte ? N’est-ce pas appauvrir ? Mais si je décide de l’enrichir ? Je recommencerai la peinture et le maquillage de mes textes. Essayons de nouveau.

#Vite, descendre, prendre la sortie, disparaître de ce lieu pour se décoller de cette réalité. Bouah. Le cœur serré, le temps qui défile au ralenti seconde par seconde. Plus elle avance, plus elle arrive à s’extraire de ce tableau ; battement à mille à l’heure ; Plus personne n’existe et ne se mettra sur son passage. Elle ne voit pas les gens d’ailleurs. Seule dans cette salle peuplée.#

Chemin 3
Aïe, je perds le fil, me revoilà à mettre une onomatopée et à rentrer dans des phrases banales. « Cœur serré », « seconde par seconde », « se mettre sur son passage ». Si je reprends sans réfléchir du tout et écrire ma scène de fuite vers le dehors sans commentaires.

#Enjamber les marches quatre à quatre, virage toute, sortir de l’immeuble. Ouf ! Grand air, cerveau refroidi. Plus peur du tout.#

Chemin 4
Non, impossible, je vois cette femme en panique, qui se précipite. J’ai envie de l’animer : son, couleur, odeur. Je m’en fiche au fond de ce qu’elle peut penser, c’est son image qui me plaît.

#La voilà qui déboule les marches, sa robe forme la voile d’un bateau pris en pleine tempête, à chaque marche, c’est un appel d’air qui la soulève, puis, elle se froisse sous le choc et elle se gonfle et se referme comme un parapluie qu’on ouvre et qu’on ferme intempestivement.
Avalanche de pas sur l’escalier, roulement de tambour. Elle suinte, respiration saccadée, regard fou qui ne s’accroche à rien. Repères brouillés. Le dehors l’accueillera à bras ouverts.#

 

Ca frétille dans les feuilles

Ca frétille dans les feuilles, je sursaute, ça s’arrête. Mon cœur bat, mon ventre se serre, j’ai peur dans ce noir.

Ca frétille dans les feuilles, des petits rires aigus, un chatouille l’autre, les ébats s’ébruitent, les feuilles tombent.

Ca frétille dans les feuilles, comme les pompons des pom-pom girls, le mouvement se déplace de haut en bas.

Ca frétille dans les feuilles, une chute. Lourde, comme un poids qu’on pose sur une balance, la pomme s’écrase et s’ouvre en deux

Ca frétille dans les feuilles, j’ai vu son petit bout de nez tout rose, mouillé, ça renifle et cherche l’intrus.

Ca frétille dans les feuilles, des plumes se dispersent dans l’air, blanches et grises, une neige de plumes.

Enigme

#Je m’enfouis. Une boule. Ronde danse. Serpent sur. Dodeline.
Un tobbogan, un tremplin. Vouip ! En l’air/ Saccade abrupte. Tiraillée entre des murs épais. Je me replie et m’allonge sur le dos, ventre sorti, creux derrière. Noir. Blang ! Crisse, crispe, freinage des deux pieds. Curiosité. Renversement chantant. La la la laaaaaaaaaaaa. Scratch. Balançoire. Ventriloque ventricule. Culotte chlac ! Mur d’acier. Sabre enfoncé. Profonde lésion. Culpabilité. Picotements adipeux. Une femme s’allonge vers l’avant et tend la main, elle ricane, l’esprit frivole, elle se réjouit d’avance, regarde avec des yeux malicieux, se déhanche. Langoureuse. Un jet. L’artère coupée. Clic. Pouic. Rrrh. Renversement. Mélodie tendre s’échappe de, t’oublie. Penché le long de son corps, suspendu. Regarde donc là-bas. Là haut. Rideau. Barrage. Je me sens mal, j’ai la gorge rétrécie par le coupable. Coupe. Traits triplés. Barre verrouillée. Absence de tout, interdite vision. Je passe dans l’entonnoir, puis ciseaux. Couic.  Je sursaute. Succion. Cape, quai, queue, quille, cri, cactus. Fission. Tu tombes à plat, aplati, écrasé par le chagrin. Obscure passage de l’autre côté, défense d’entrée. Tourne ta langue. Encore, passe-la derrière les dents. Ca bloque. Ta mâchoire est scellée, impossible l’ouverture. Retrouve le palais, ridules en reliefs, pointe sensible, capte toutes aspérités.

J’ai les jambes qui fourmillent, je voudrais bouger mes orteils, les arracher, ça tire. Les mains, entre les doigts, ça démange, les encastrer, serrer fort.  Plantes étirées, se recroquevillent. Recommence ça. Malaise, envie de sourire. Carcan. Je comme. Tu dévies. Haut-là. Tse Tse. Vibrant. Roulement de tambour. Rugissements en délires. Soûle. Sa bouche prend la forme d’un œuf. Elle s’emplit d’un volume invisible, elle gonfle : de l’air à l’intérieur. Fossettes disparues, lèvres rétrécies. Rayon de soleil. Tout s’écoule, voluptueuse, espérance. Vois plus loin. Chatouille-moi, cherche oui. Tchiki boum. Cette anomalie, œil interne déconfit. Trouble Ment.#

                                                                               xxx

#Je glisse, grand huit. Etourdis par tous ces détours. Rampe finale. Serpente. Ondule autour de lui. Fluide. Etrangeté du tout azimut. Errance vague. Saut du ‘wish bone’. Immonde refus. Aliénation de l’autre. Portes fermées. Il sillonne sur l’essieu, le son des cieux l’invective. Il se régale d’avance. Après, nœud au ventre. Ego centré.#

 

vendredi 7 juin 2013

L'accord des corps

L'accord des corps son mélange en force pousse au vertige de la poésie de la cité. Elle prends corps dans le ventre exotique de la ville mélangeant les genres, les cultures, les êtres IN-OUT. Les forces vives s'entrechoquent dans un vibrato complexe. Tourne et retourne dans l'espace chacun croyant à son tempo JE SUIS faisant de l'autre son faire valoir. Avec et sans. Fougue de vie dessus- dessous, intemporalité des vies et des choix à la croisée du sens. Eclats et la vie reprend, qui a raison? Eux, nous? Ensemble est complexe y croire, s'y frotter chacun se regardant, se jaugeant au milieu des salades, oignons, piment, tomates et les ailleurs.

jeudi 6 juin 2013

Petite pensée 3



Papier du mur déchiré, odeur à peinture fraiche, une tournée vers le blanc. Qui serait moi la prochaine fois que je traverse la porte ?

Petite pensée 2



Hologrammes qui s’allument à la maison des morts, comme si la technologie de l’image pourrait éveiller une vraie réconciliation.

Petite pensée 1



Monde à carrés, caisses où ranger chaque connaissance, chaque idée, en oubliant les possibilités infinies de la géométrie humaine.
 

De l'autre côté



La petite fille sort à la terrasse. C’est un jour d’été. Ses parents sont à l’intérieur. Ils font la sieste. Elle regarde à droit et à gauche. Quoi faire ? Elle voit la grille en métal qui sépare sa terrasse de celle des voisins. Elle lui lance un défi, et ce n’est pas la première fois. Elle réfléchi un moment. « Non, ce n’est pas une bonne idée ». Mais la tentation reste. Elle n’arrive pas à partir dans cette après midi ennuyante. Et là, comme si elle aurait pris conscience de qu’elle est qu’un enfant, qu’une petite gamine qui peut se permettre de faire certaines folies, elle se lance.
Elle grimpe un petit mur et fait passer son corps à travers la fente : une jambe, les fesses et le torse, la tête de côté, puis les éléments symétriques de son petit corps. Ça y est. Elle est là, territoire inconnu, maison étrangère. Une sensation entre peur et excitation. Entre culpabilité et satisfaction qui persiste, elle est consciente d’avoir gagné l’échec silencieux que cette maison inhabitée lui a posée pendant des mois.
Elle était là. Là où elle n’avait pas le droit d’être, et c’était fabuleux. De l’autre côté de la grille, céramique blanche au sol au lieu de rouge. De l’autre côté de la grille, une fenêtre ouverte, un bureau pas rangé, avec quelques objets éparpillés, parfois étranges. Un gros caillou pour tenir les papiers, quelques clés et un truc qui a vite capté son regard. C’était une espèce de boite ouverte : verre d’un côté, clous de l’autre. Il servait à marquer la forme des objets. On pouvait poser une main qui apparaissait de l’autre côté transformée en volume en métal. On pouvait même poser sa tête.
Elle désire rentrer dans la maison et prendre l’objet. Elle le désire de toutes ces forces. Mais elle n’ose pas. Elle a trop dépassé les limites, même pour un enfant.
Elle reprend son chemin de retour, de l’univers parallèle à son univers quotidien. Elle se dit de retourner un autre jour, de profiter de ce passage secret que sa minceur de gamine l’ouvre. Et peut être, une prochaine fois, voler cet objet magique, où dessiner la silhouette des mains du délit.

LES TRACES



D’OU D’AILLEURS DIVINES FORTUITES CONTACTE PASSAGE VÉRITÉ IMPULSION DÉSAPPRENDRE SUSPENSIVES
pas de mots pour énoncer la vérité qui est un ballon gonflé qui rempli le corps et calme le sens
AKENE AKENAY RETOUR SOI ÉTERNEL FILANTE ÉPAISSEUR LÉGÈRETÉ HUMIDE RETOUR ÉTERNEL
les imperfections peuplent le monde qui s’explore d’un point vers l’extérieur, marche infinie, retour incessant
A ÉTRANGÈRE DISTANCE ÉQUIDISTANTE REFLET INVERSE INTOUCHABLE OBSERVABLE SAGESSE HABITABLE
juste au milieu, entre son soi habité et son soi analysé, il y a la surface lise où les traces se dessinent
ENTRE UNIVERS IRRÉPÉTIBLE BROUILLON TRAIES ATTENTION SILENCE PENTE HASARD ESSENCE
puisque la vie est le fruit d’un nombre infini d’hasards, laissez-vous plonger dans l’océan intérieur de tant de gouttes