lundi 24 juin 2013

La scène

#« Hep, hep ! toi-là ! ». Il m’interpelle, me prend par le bras, tire d’un coup sec. Je virevolte, quart de tour à droite, bousculée, je tourne dans l’autre sens et me voici sur la scène. Cette scène mobile qui tourne sur elle-même, comme un 45 tour, me voilà déambuler du centre vers l’extérieur, de l’extérieur vers le centre. J’en perds l’équilibre, les images passent si vite.

Abasourdie, je ne vois pas clair, mais petit à petit, ça se débrouille et ça fuse, limpide.
« Obrigado Laurence » articulent ces lèvres mates entourées d’une barbe dense grisâtre.
« Je t’aime »  lancent ces yeux noirs, dont les pupilles dégoulinent de tendresse.
C’est maintenant trois autres visages qui apparaissent. Celle d’un grand homme âgé à la peau tâchée. Celle d’un petit homme au visage déformé et au regard scrutateur. Celle d’un homme énervé qui soupire lourdement.

Je me remplis maintenant de cette odeur de fauves, qui accompagne tous ces animaux entassés. C’est vite remplacé par les fleurs de lys et le bois de la salle de réunion. Un hélicoptère, puis plusieurs. C’est très bruyant.

Tiens, plus rien ne défile, les images disparaissent, la scène ne tourne plus. C’est mon tour maintenant de faire mon numéro à tout ce public assis les yeux rivés sur la scène.#