La petite fille sort à la
terrasse. C’est un jour d’été. Ses parents sont à l’intérieur. Ils font la
sieste. Elle regarde à droit et à gauche. Quoi faire ? Elle voit la grille
en métal qui sépare sa terrasse de celle des voisins. Elle lui lance un défi,
et ce n’est pas la première fois. Elle réfléchi un moment. « Non, ce n’est
pas une bonne idée ». Mais la tentation reste. Elle n’arrive pas à partir
dans cette après midi ennuyante. Et là, comme si elle aurait pris conscience de
qu’elle est qu’un enfant, qu’une petite gamine qui peut se permettre de faire
certaines folies, elle se lance.
Elle grimpe un petit mur et fait
passer son corps à travers la fente : une jambe, les fesses et le torse,
la tête de côté, puis les éléments symétriques de son petit corps. Ça y est.
Elle est là, territoire inconnu, maison étrangère. Une sensation entre peur et
excitation. Entre culpabilité et satisfaction qui persiste, elle est consciente
d’avoir gagné l’échec silencieux que cette maison inhabitée lui a posée pendant
des mois.
Elle était là. Là où elle n’avait
pas le droit d’être, et c’était fabuleux. De l’autre côté de la grille, céramique
blanche au sol au lieu de rouge. De l’autre côté de la grille, une fenêtre
ouverte, un bureau pas rangé, avec quelques objets éparpillés, parfois
étranges. Un gros caillou pour tenir les papiers, quelques clés et un truc qui
a vite capté son regard. C’était une espèce de boite ouverte : verre d’un
côté, clous de l’autre. Il servait à marquer la forme des objets. On pouvait
poser une main qui apparaissait de l’autre côté transformée en volume en métal.
On pouvait même poser sa tête.
Elle désire rentrer dans la
maison et prendre l’objet. Elle le désire de toutes ces forces. Mais elle n’ose
pas. Elle a trop dépassé les limites, même pour un enfant.
Elle reprend son chemin de
retour, de l’univers parallèle à son univers quotidien. Elle se dit de
retourner un autre jour, de profiter de ce passage secret que sa minceur de
gamine l’ouvre. Et peut être, une prochaine fois, voler cet objet magique, où
dessiner la silhouette des mains du délit.