« Je suis un être
inquiet »- dit la voix. Après, j’ai oublié. Les textes qui écrit la voix
ne sont jamais lus, ne sont jamais finis, ne sont jamais retenus. Comme la
plupart de choses, d’ailleurs. La sensation d’un bisou aux lèvres, les images
qui s’allument des nano-seconds sous les rétines. Rien ne perdure. Tout est
fait pour disparaitre. Même nous, même notre planète et notre soleil. Pourtant,
les choses ont une vie, un espace, un instant.
Même si c’est le cas contraire,
je suis contente d’entendre parfois la voix et ses textes invisibles et filants.
Cependant, cette voix n’a pas de son. Ne s’entend pas vraiment. Cette voix est
productrice des textes, elle passe par toutes les lettres, une après l’autre,
par tous les mots et ses rebords. Elle fait même des sauts dans l’espace, comme
dans les feuilles où un moment donné on trouve les bords. Mais pour la voix, la
feuille est infiniment grande ou des fois infiniment petite.
Mais elle vient d’où cette
voix ? C’est une voix à moi, c’est d’où qu’elle sorte, de mon âme ?
Il y a-t-il d’âme ? C’est une voix collective, la voix de
l’humanité ? Ou peut être la voix de tous mes ancêtres et leurs essences
qui restent dans moi. Des mélanges de caractères millénaires qui me constituent
aujourd’hui, et juste un nom retenu, qui vient de l’île de Malte.
Parfois elle est muette. Presque
tout le temps, en fait. Elle sort juste quand on lui laisse l’espace de sortir,
quand on ne lui met aucune pression. Se consacrer à la penser avant d’écrire,
pas bête. Se laisser vagabonder par les rues de notre être, comme parcourir une
ville qu’on n’a jamais connu. Et prendre des restes, d’ici et là-bas. Si on
accorde une existence aux choses juste pour ce qui nous font vivre, alors les
bouts de pensée, les pensées pas abouties, pas pratiques, pas cohérentes, sont
aussi des choses.
Elle est absente ce dernier temps,
la voix. Mais je ne m’inquiète pas. Elle reviendra, comme tout revient. Et en
fait, elle n’est jamais partie. Elle est juste diluée, diluée dans des
milliards d’autres choses qui visitent ma tête. Elle existera tant que je soie
chose et pas rien.