Chemin 1
Comment sortir de la description, du mouvement et du son,
que j’aime pourtant tellement ? Planter un décor, faire mouvoir un
personnage en décrivant juste des parties de son corps et surtout sa détresse.
Je vais essayer de reprendre la descente précipitée de cette femme, sans goût
ni odeur.
#Elle court dans
l’escalier, qui craque sous ses pieds, souffrance exutoire du bois sous son
poids. Elle étouffe et cherche dans sa fuite un peu d’air, une délivrance.
Echapper au malheur, quitter un lieu pour un autre, changer d’univers. Ne plus
être empêtrée dans cette situation visqueuse et sale.#
Chemin 2
Onomatopée supprimée, couleurs effacées, garder l 'âme
du personnage. Je m’enfonce davantage dans une écriture guidée puisque j’écris
intentionnellement, je m’impose une directive. Répéter une signification, dire la
même chose autrement, pour m’assurer que le lecteur comprenne bien mon
texte ? N’est-ce pas appauvrir ? Mais si je décide de
l’enrichir ? Je recommencerai la peinture et le maquillage de mes textes.
Essayons de nouveau.
#Vite, descendre,
prendre la sortie, disparaître de ce lieu pour se décoller de cette réalité.
Bouah. Le cœur serré, le temps qui défile au ralenti seconde par seconde. Plus
elle avance, plus elle arrive à s’extraire de ce tableau ; battement à
mille à l’heure ; Plus personne n’existe et ne se mettra sur son passage.
Elle ne voit pas les gens d’ailleurs. Seule dans cette salle peuplée.#
Chemin 3
Aïe, je perds le fil, me revoilà à mettre une onomatopée et à rentrer dans des phrases banales. « Cœur serré », « seconde par seconde », « se mettre sur son passage ». Si je reprends sans réfléchir du tout et écrire ma scène de fuite vers le dehors sans commentaires.
#Enjamber les marches
quatre à quatre, virage toute, sortir de l’immeuble. Ouf ! Grand air,
cerveau refroidi. Plus peur du tout.#
Chemin 4
Non, impossible, je vois cette femme en panique, qui se
précipite. J’ai envie de l’animer : son, couleur, odeur. Je m’en fiche au
fond de ce qu’elle peut penser, c’est son image qui me plaît.
#La voilà qui déboule
les marches, sa robe forme la voile d’un bateau pris en pleine tempête, à
chaque marche, c’est un appel d’air qui la soulève, puis, elle se froisse sous
le choc et elle se gonfle et se referme comme un parapluie qu’on ouvre et qu’on
ferme intempestivement.
Avalanche de pas sur
l’escalier, roulement de tambour. Elle suinte, respiration saccadée, regard fou
qui ne s’accroche à rien. Repères brouillés. Le dehors l’accueillera à bras
ouverts.#