lundi 24 juin 2013

Décryptage

#Poum tam pam tidi boum, elle dévale les escaliers à toute allure, on dirait un sac de billes qu’on déverse sur une pente. Arrivée dans le hall, elle prend un virage à 90° à droite, serré, la main posée sur l’arête du mur pour garder l’équilibre. Son visage est rouge, écarlate sur les pommettes, les narines dilatées comme les nasaux d’un cheval en rut, les cheveux hirsute, l’œil hagard du taureau qui rentre dans l’arène, désorienté, cherchant désespérément une issue.#

Chemin 1
Comment sortir de la description, du mouvement et du son, que j’aime pourtant tellement ? Planter un décor, faire mouvoir un personnage en décrivant juste des parties de son corps et surtout sa détresse. Je vais essayer de reprendre la descente précipitée de cette femme, sans goût ni odeur.

#Elle court dans l’escalier, qui craque sous ses pieds, souffrance exutoire du bois sous son poids. Elle étouffe et cherche dans sa fuite un peu d’air, une délivrance. Echapper au malheur, quitter un lieu pour un autre, changer d’univers. Ne plus être empêtrée dans cette situation visqueuse et sale.#

Chemin 2
Onomatopée supprimée, couleurs effacées, garder l 'âme du personnage. Je m’enfonce davantage dans une écriture guidée puisque j’écris intentionnellement, je m’impose une directive. Répéter une signification, dire la même chose autrement, pour m’assurer que le lecteur comprenne bien mon texte ? N’est-ce pas appauvrir ? Mais si je décide de l’enrichir ? Je recommencerai la peinture et le maquillage de mes textes. Essayons de nouveau.

#Vite, descendre, prendre la sortie, disparaître de ce lieu pour se décoller de cette réalité. Bouah. Le cœur serré, le temps qui défile au ralenti seconde par seconde. Plus elle avance, plus elle arrive à s’extraire de ce tableau ; battement à mille à l’heure ; Plus personne n’existe et ne se mettra sur son passage. Elle ne voit pas les gens d’ailleurs. Seule dans cette salle peuplée.#

Chemin 3
Aïe, je perds le fil, me revoilà à mettre une onomatopée et à rentrer dans des phrases banales. « Cœur serré », « seconde par seconde », « se mettre sur son passage ». Si je reprends sans réfléchir du tout et écrire ma scène de fuite vers le dehors sans commentaires.

#Enjamber les marches quatre à quatre, virage toute, sortir de l’immeuble. Ouf ! Grand air, cerveau refroidi. Plus peur du tout.#

Chemin 4
Non, impossible, je vois cette femme en panique, qui se précipite. J’ai envie de l’animer : son, couleur, odeur. Je m’en fiche au fond de ce qu’elle peut penser, c’est son image qui me plaît.

#La voilà qui déboule les marches, sa robe forme la voile d’un bateau pris en pleine tempête, à chaque marche, c’est un appel d’air qui la soulève, puis, elle se froisse sous le choc et elle se gonfle et se referme comme un parapluie qu’on ouvre et qu’on ferme intempestivement.
Avalanche de pas sur l’escalier, roulement de tambour. Elle suinte, respiration saccadée, regard fou qui ne s’accroche à rien. Repères brouillés. Le dehors l’accueillera à bras ouverts.#