Ouiiiiiii ! Tchaka Boum Boum. Ouiiiiii ! Tchaka boum
boum. Ce sont des cuivres. C’est pour toi exprès pour te célébrer. Elisa a
dégraffé son corsage, elle a pris sa plus belle voix, chaude et suave. Un filet
mélodieux teste son chemin entre ceux des musiciens à vent. C’est complètement
dépareillé. Ouiii tcha tcha pouh. Ouiii tcha tcha « you said nobody, you said none of you, you said
no hurt, no pain ». Dans un
laps de temps, je suis prise dans ce délire faramineux. Ca chante même, ça rit
même. Ils sont tous là à s’exhorter, à s’évertuer d’oublier, ne plus être un,
former un tout. Exorciser la peur de l’absence, du manque de toi.
L’affolement complet du vide se traduit par la foule, se
superposer, s’obstruer l’esprit par des notes, des airs, remplir le vide. C’est
étrange, culpabilisant. J’ai des moments de lucidité puis la proximité de ces
gens m’enivre, corps amis qui se pressent les uns contre les autres pour se
donner l’impression de la chaleur alors que la tête est froide. Je ne veux pas
que ça s’arrête, il faut continuer à bouger, combler l’absent en le fêtant. Tu
es là, je le sens, je te sens près de moi, ce souffle chaud dans le cou, si
seulement c’était toi. Je me retourne et dans une fraction de seconde, c’est
toi.