lundi 21 avril 2014

Sensations

Les yeux fermés, je ne vois que les mains que je tiens, à droite une main charnue et chaude, à gauche une main fine et délicate. Les yeux fermés, on n’a plus aucun repère, on devient invisible, si je ne vois pas, les autres ne peuvent pas me voir, pensais-je naïvement. Le corps en balance, les mollets tirent quand le corps penche en arrière, les orteils font bloc quand le corps tend vers l’avant.

Le corps est neutre mais si je lui dis de baisser les épaules, elles se baissent encore plus, comme si une tension inconsciente les maintenait à une hauteur nivelée, précise, par contre quand elles montent, c’est tout l’avant du corps qui monte avec. Le corps est neutre mais si je lui dis de respirer, le ventre se met à gonfler, l’air remplit la poche intérieure en forme de poire, puis va se caler dans la cage thoracique, là où il y a encore de la place.

La musique se met à jouer, la Danse des Chevaliers de Prokofiev, c’est des sons graves, c’est une marche militaire, c’est un escalier de rythme qui monte progressivement avec un entêtement qui rentre dans le corps, qui implique à bouger, à se mouvoir, les bras naturellement vont servir de balancier pour ponctuer la marche, le cœur va s’accélérer, toute la tête oublie le corps, seule la musique le guide et lui donne envie de tourner, de balancer les bras, de sauter, de se recroqueviller et de s’ouvrir d’un coup sec sur les aigües, de tourner, tournoyer, s’envoler, s’extasier. La musique se calme, le cœur palpite, mais le corps insiste pour se refermer et se dresser vers le ciel avec douceur.