Le corps est neutre mais si je lui dis de baisser les
épaules, elles se baissent encore plus, comme si une tension inconsciente les
maintenait à une hauteur nivelée, précise, par contre quand elles montent,
c’est tout l’avant du corps qui monte avec. Le corps est neutre mais si je lui
dis de respirer, le ventre se met à gonfler, l’air remplit la poche intérieure
en forme de poire, puis va se caler dans la cage thoracique, là où il y a
encore de la place.
La musique se met à jouer, la Danse des Chevaliers de
Prokofiev, c’est des sons graves, c’est une marche militaire, c’est un escalier
de rythme qui monte progressivement avec un entêtement qui rentre dans le
corps, qui implique à bouger, à se mouvoir, les bras naturellement vont servir
de balancier pour ponctuer la marche, le cœur va s’accélérer, toute la tête
oublie le corps, seule la musique le guide et lui donne envie de tourner, de
balancer les bras, de sauter, de se recroqueviller et de s’ouvrir d’un coup sec
sur les aigües, de tourner, tournoyer, s’envoler, s’extasier. La musique se
calme, le cœur palpite, mais le corps insiste pour se refermer et se dresser
vers le ciel avec douceur.