lundi 21 avril 2014

Un fauve en fuite

Atterrés, complètement abasourdis par la sirène qui résonne encore dans leurs oreilles, les trois clients du zoo sont collés dos contre les planches de bois du mur à observer les cris et les bruits des pas courant sur le chemin de terre. La poignée de la porte du cabanon tourne, Gaspard, le grand gaillard se jette dessus, referme la porte entrebâillée et bloque la poignée avec une chaise. Il se met à hurler « Dégage ! Sale con ! Il n’y a pas de place pour toi !».  On entend un coup de pied dans la porte et des pas repartir vers un autre abri. Effarées, une des deux femmes, Anaïs, laisse échapper : « Non mais ça va pas la tête ? Ca s’appelle de la non-assistance à personne en danger ! » Gaspard se retourne les yeux en furie. Anaïs intérieurement se dit : « oh, mais tais-toi donc, tu ne le connais pas ce type, il n’a pas l’air commode ».

Gaspard : « Tu voulais que je le laisse entrer, lui et toute sa marmaille ? C’est minuscule ici, je ne prends pas le risque, ni d’étouffer, ni de me faire repérer par le fauve ».

Rebecca, la plus jeune, pleurniche de son côté, sa petite tête va éclater : « Maman, qu’est-ce que je fais là ? Où tu es, toi? Maman…». Gaspard cherche le regard d’Anaïs qu’elle fuit autant que possible. L’air se fait rare, les pleurs sourds de Rebecca en fond sonore.

Gaspard lâche : « Oh et puis merde ! » et marmonne « C’est quoi c’t’affaire ! Je finissais ma journée tranquillement ».

Anaïs pense fortement : « journée de fonctionnaire, pour un plombier municipal, il y en a qu’on la belle vie. » Gaspard lit sur son visage comme dans un livre et remarque alors : « elle est pas mal la demoiselle là », il s’adresse à elle : « vous avez pris votre demi-journée pour visiter le zoo ?».
Anaïs étonnée : « En quoi ça vous regarde ? »
Gaspard : « Faut bien entamer la discussion, non ? »
Anaïs cédant : « Et bien oui, je m’intéresse aux animaux figurez-vous ! », Intérieurement elle se dit : « s’il savait que j’ai donné un rendez-vous à côté de la cage aux lions à un inconnu sur internet ».

Anaïs regarde Gaspard différemment, elle le passe en revue : « Il est grand, fort, cheveux propre, la tenue soignée, son langage laisse à désirer mais il me plairait presque ».
Gaspard, la toise à son tour : « C’est un beau petit bout de femme, je la mettrai bien dans mon lit celle-là ».

La sirène retentit de nouveau, les rugissements du fauve en fuite se font entendre, Anaïs se met à crier, quand une araignée lui passe sur la jambe. Gaspard se précipite sur elle pour la bâillonner de sa main large. Elle ouvre ses yeux en grands, il la serre contre lui, elle veut se débattre, mais il atténue la prise et la garde dans ses bras protecteurs. Leurs yeux se croisent, leurs souffles augmentent. On vient de capturer le fauve.