lundi 21 avril 2014

Le Musicien


Perché sur son pupitre, une main collée à son front, l’autre parcourant le papier à toute vitesse. Il compose de tête, sa plume lance des tâches d’encre noire à chaque passage, on l’entend accrocher le papier, puis se délier, survoler la feuille pour s’abreuver dans l’encrier et reprendre son élan vers le pupitre.

Le visage du compositeur est ravagé et fulminant. Ses yeux se plissent à mesure qu’il écrit puis s’écarquillent d’un coup, réaction vive à l’idée d’une mélodie inspirée.

Tout son corps est sous tension, il la tient sa symphonie, il est sur le point de l’achever. Il délire complètement face à l’aboutissement de son œuvre. Il ferme de deux barres noires la dernière portée, se lève brusquement sous l’extase, se jette sur le piano et joue, joue à s’enivrer, il chante aussi, il la chante sa musique, il la savoure, il l’habite, c’est son être tout entier qui frissonne. Jubilation exutoire, elle courre sur lui, lui provoque des spasmes, une jouissance extrême la prend au ventre, à la gorge. Il écrase ses dernières notes et vibrent de la pointe des pieds jusqu’au crâne ; C’est le paroxysme orgasmique qui l’envahit et l’aplatit au sol, repu de plaisir.