Perché sur son pupitre, une main collée à son front, l’autre
parcourant le papier à toute vitesse. Il compose de tête, sa plume lance des
tâches d’encre noire à chaque passage, on l’entend accrocher le papier, puis se
délier, survoler la feuille pour s’abreuver dans l’encrier et reprendre son
élan vers le pupitre.
Le visage du compositeur est ravagé et fulminant. Ses yeux
se plissent à mesure qu’il écrit puis s’écarquillent d’un coup, réaction vive à
l’idée d’une mélodie inspirée.
Tout son corps est sous tension, il la tient sa symphonie,
il est sur le point de l’achever. Il délire complètement face à l’aboutissement
de son œuvre. Il ferme de deux barres noires la dernière portée, se lève
brusquement sous l’extase, se jette sur le piano et joue, joue à s’enivrer, il
chante aussi, il la chante sa musique, il la savoure, il l’habite, c’est son
être tout entier qui frissonne. Jubilation exutoire, elle courre sur lui, lui
provoque des spasmes, une jouissance extrême la prend au ventre, à la gorge. Il
écrase ses dernières notes et vibrent de la pointe des pieds jusqu’au
crâne ; C’est le paroxysme orgasmique qui l’envahit et l’aplatit au sol,
repu de plaisir.