lundi 21 avril 2014
La Mère de Juliette
La tête me tourne. Mes yeux voient une image trouble, rouge.
La terre s’ouvre sous mes pieds, une faille dentelée strie le sol et s’écarte.
Je m’effondre et chute dans ce gouffre. J’ai mal au corps. Il crie mon corps.
Vlan, il part en avant. Vlan, il se casse en deux. Vlan, il repart en arrière.
Je perds l’équilibre, mes bras se mettent à tournoyer d’avant en arrière. Tous
mes muscles sont tendus au point de tirer des larmes de mon corps. Ils sont
nerveux. Ils sont immaîtrisables. Ils m’emmènent de haut en bas, j’ai la tête
qui explose. Elle s’est partout remplie d’un liquide noir, un sang vengeresque
qui la rend lourde. Ma tête ne tient plus droite, la nuque se rompt et laisse
ouvert le cran d’arrêt. La tête tombe comme un poids vers mon buste, contre mon
buste. Mais cette chevelure est folle et vient fouetter mes jambes. Ma masse de
cheveux est élastique et rebondit sur moi pour repartir en arrière. Ma tête
suit le mouvement et va se casser contre mon dos. Ma gorge vient de se déchirer
sur toute la longueur, les tendons de la nuque tiennent bon. Je reprends de
plus belle cette danse involontaire qui m’assomme à coups de bras, de tête, mes
mains se crispent, mes jambes se brisent, la chute a lieu, là sur ce sol dur,
qui ne cède pas finalement. L’apesanteur vient de me plaquer net à terre. Je ne
suis plus rien. Le monde s’est arrêté. Je m’alourdis complètement sur tout mon
long, mon corps essayant de s’incruster et de sceller ma peau à cette terre
amère.