lundi 21 avril 2014

La Fée Malice

Il était une fois, dans une forêt humide et chaude, aux arbres immenses, aux feuilles vertes caoutchouteuses, aux lianes tortueuses, rubans pendant du haut des cieux, aux serpents siffleurs, aux paresseux poilus, aux grenouilles pullulantes, aux yeux scintillants des aborigènes, aux… « Eh Oh ! Tu vas me présenter oui ! ». Heu, oui pardon… vivait une fée miniature prénommée la Fée Malice. « Ah merci bien ! ». Elle arpentait les bois toute pimpante, avec sa robe à froufrou, son petit haut à dentelles, ses souliers de cuir vernis, son boléro cachant sa jolie nuque et ses fines épaules, sa frimousse à croquer, ses boucles à rebonds dans les cheveux, son… « Oui, bon, ça va ! ». Du calme, du calme beauté, je ne fais que mon travail de conteur ! « Bon, vas-y ma grenouille adorée mais un peu d’action ! ». Elle arborait sur sa tête une grenouille merveilleuse, somptueusement dotées de six pattes, aux ressorts dévastateurs, capable de sauts les plus gigantesques, les plus périlleux, les plus… « Grrrr ». Bon, bon, ça va j’abrège. Bref, la fée Malice avançait au hasard des rencontres. Un jour, elle rencontra le prince charmant « Bello ». Il était grand, beau, puissant, il avait une carrure de nageur papillon, une crinière au vent, un fessier scandaleux, une dentition parfaite, deux fossettes aux commissures des lèvres et une voix suave à tomber par terre de ta chaise, un souffle chaud et mentholé, que sa bouche aux contours parfaits diffusait doucement à mesure qu’il parlait. Il … « Oui, bon il m’a branchée ! Voilà ! ». C’est ça, il aborda la Fée Malice, il lui tint un discours des plus torrides, il l’encensa de mots équivoques, il l’encercla de ses bras de velours, il approcha son visage de Pygmalion à celui de la Fée Malice. Quand soudain, il s’arrêta net à ma vue. Il fit un bond de deux mètres en arrière et hurla : AHHHHH. La Fée Malice rougit d’un coup, cru avoir un bouton sur le nez, fut humiliée vive, la colère monta net, elle en perdit ses moyens et se mit à grandir, à grandir, ses petits mollets étaient aussi gros que les baobabs. Bello leva à peine les yeux, regarda sous sa jupe et parti en courant à toutes jambes - magnifiques fusées au râle régulier.

La Fée Malice se calma, se rétrécit et continua sa quête. Elle rencontra un autre aborigène. Beaucoup plus malingre, les yeux de souris noirs et sournois, le nez droit pointant entre deux sourcils fournis et sans démarcation au milieu, il avait une bouche noire à l’intérieur, et quand il parlait un nuage épais et nauséeux faisait taire les serpents siffleurs, tomber les paresseux poilus, faner toutes les fleurs. Mais comme il était gentil, il parla de lui, de sa famille, de ses amis. Il voulait l’emmener voir les chutes, le chant des grenouilles, les falaises, les précipices. La Fée Malice rêvait d’aventures et partit faire son baptême du feu avec lui, mais la peur lui serra le ventre, elle s’échauffa devant la fournaise à tel point qu’elle ne contrôla pas son émotion, s’énerva et se mit à grossir, à grossir, grossir à faire fuir le putois aborigène qui déguerpit face à cette boule gigantesque qui s’apprêtait à l’écraser.
 
Bredouille, la Fée Malice repartit trouver celui qui l’aimera vraiment. Elle retrouva Bello qui se matait dans le miroir du fleuve. La Fée Malice se pencha sur l’étendue d’eau. Elle me fit tomber. Heureusement, j’ai pu attraper un nénuphar avec deux de mes six pattes. Elle me vit pour la première fois, elle savait que je l’aimais telle qu’elle était, elle me prit sur son doigt, me tendit ses douces lèvres et m’embrassa.                     

 

FIN