Il était une fois, dans une forêt humide et chaude, aux
arbres immenses, aux feuilles vertes caoutchouteuses, aux lianes tortueuses,
rubans pendant du haut des cieux, aux serpents siffleurs, aux paresseux poilus,
aux grenouilles pullulantes, aux yeux scintillants des aborigènes, aux…
« Eh Oh ! Tu vas me présenter oui ! ». Heu, oui pardon…
vivait une fée miniature prénommée
la Fée
Malice. « Ah merci bien ! ». Elle arpentait
les bois toute pimpante, avec sa robe à froufrou, son petit haut à dentelles,
ses souliers de cuir vernis, son boléro cachant sa jolie nuque et ses fines
épaules, sa frimousse à croquer, ses boucles à rebonds dans les cheveux, son…
« Oui, bon, ça va ! ». Du calme, du calme beauté, je ne fais que
mon travail de conteur ! « Bon, vas-y ma grenouille adorée mais un
peu d’action ! ». Elle arborait sur sa tête une grenouille
merveilleuse, somptueusement dotées de six pattes, aux ressorts dévastateurs,
capable de sauts les plus gigantesques, les plus périlleux, les plus… « Grrrr ».
Bon, bon, ça va j’abrège. Bref, la fée Malice avançait au hasard des
rencontres. Un jour, elle rencontra le prince charmant « Bello ». Il
était grand, beau, puissant, il avait une carrure de nageur papillon, une
crinière au vent, un fessier scandaleux, une dentition parfaite, deux fossettes
aux commissures des lèvres et une voix suave à tomber par terre de ta chaise,
un souffle chaud et mentholé, que sa bouche aux contours parfaits diffusait
doucement à mesure qu’il parlait. Il … « Oui, bon il m’a
branchée ! Voilà ! ». C’est ça, il aborda
la
Fée Malice, il lui tint un discours des
plus torrides, il l’encensa de mots équivoques, il l’encercla de ses bras de
velours, il approcha son visage de Pygmalion à celui de
la
Fée Malice. Quand soudain, il s’arrêta net
à ma vue. Il fit un bond de deux mètres en arrière et hurla : AHHHHH.
La Fée Malice rougit d’un
coup, cru avoir un bouton sur le nez, fut humiliée vive, la colère monta net,
elle en perdit ses moyens et se mit à grandir, à grandir, ses petits mollets
étaient aussi gros que les baobabs. Bello leva à peine les yeux, regarda sous
sa jupe et parti en courant à toutes jambes - magnifiques fusées au râle
régulier.
La Fée
Malice se calma, se rétrécit et continua sa quête. Elle
rencontra un autre aborigène. Beaucoup plus malingre, les yeux de souris noirs
et sournois, le nez droit pointant entre deux sourcils fournis et sans
démarcation au milieu, il avait une bouche noire à l’intérieur, et quand il
parlait un nuage épais et nauséeux faisait taire les serpents siffleurs, tomber
les paresseux poilus, faner toutes les fleurs. Mais comme il était gentil, il
parla de lui, de sa famille, de ses amis. Il voulait l’emmener voir les chutes,
le chant des grenouilles, les falaises, les précipices. La
Fée Malice rêvait d’aventures et partit
faire son baptême du feu avec lui, mais la peur lui serra le ventre, elle
s’échauffa devant la fournaise à tel point qu’elle ne contrôla pas son émotion,
s’énerva et se mit à grossir, à grossir, grossir à faire fuir le putois aborigène
qui déguerpit face à cette boule gigantesque qui s’apprêtait à l’écraser.
Bredouille, la Fée Malice
repartit trouver celui qui l’aimera vraiment. Elle retrouva Bello qui se matait
dans le miroir du fleuve. La Fée Malice
se pencha sur l’étendue d’eau. Elle me fit tomber. Heureusement, j’ai pu
attraper un nénuphar avec deux de mes six pattes. Elle me vit pour la première
fois, elle savait que je l’aimais telle qu’elle était, elle me prit sur son
doigt, me tendit ses douces lèvres et m’embrassa.
FIN